Marseille, le quartier de La Belle de Mai

Lorsque vous sortez de la gare Saint-Charles de Marseille, vous voyez sur la gauche les anciennes friches industrielles de la Manufacture des tabacs et de la Raffinerie de sucre ; c'est l'un des plus vastes sites réhabilité en Europe : 12 hectares étaient occupés par des bâtiments construits à des époques différentes ; ils abritent aujourd'hui un ensemble culturel : les Archives municipales, le Centre Inter-régional de Conservation et Restauration du Patrimoine et le Cabinet des monnaies et médailles ; le Pôle Médias est dédié à l'audio visuel, où se tourne la célèbre série Plus belle la vie ; il y a aussi le théâtre de marionnettes et de spectacles vivants.

Il y avait autrefois une ‘’vinea belle de may’’, une très belle vigne sur le lieu actuel du boulevard National. Il y avait aussi la jolie tradition du mois de mai au XIXème siècle : chaque famille habillait la dernière née de ses plus beaux atours, tandis que ses copines faisaient la manche et interpellaient les passants : « Donnez à la belle de mai, qui est tout autant gracieuse que vous. » Puis les minots mangeaient la raspa, soit les miettes dans un papier journal.

En 1868, la Manufacture des tabacs de la Seita fut inaugurée à la Belle de Mai. Dans les années 1960 elle est une des plus importantes de France, mais cette période d’apogée est suivie d’un long déclin. En juillet 1984, l'entreprise est nationalisée ; la distribution régionale est transférée à Vitrolles et la production est tout simplement supprimée en 1990, laissant à l'abandon des hectares d'ateliers. La population de ce quartier et du 3ème arrondissement de Marseille, l’une des plus pauvres alors, a été touchée de plein fouet par la fermeture de la Seita, suivie par celle de la Raffinerie de sucre.

Dans le Manufactures des tabacs, il y a maintenant le Centre Interrégional de Conservation et Restauration du Patrimoine, avec ses scientifiques, chercheurs et restaurateurs. Alain Colombini est l'un d'eux. Il est né dans le quartier de la Belle de Mai il y a une soixantaine d'années ; ses grands-parents sont nés en Corse et se sont installés à Marseille au début du XXème siècle par manque de travail sur l’île. Ils ne bougeront pas de la Belle de Mai malgré les changements de la vie de quartier. « Les quartiers de la Joliette et de la Belle de Mai étaient très populaires, gais et vivants, me raconte Alain. J’allais à l’école de mon quartier, pleine de Corses, d’Italiens et d’Arméniens. Lorsque j’étais au lycée, l’ambiance avait déjà changé à cause du choc pétrolier et des tentions avec la communauté algérienne : à Marseille mon grand-père était traité de ‘’sale Corse’’ et lorsqu’il rentrait au pays on le traitait de ‘’sale Français’’ ! Les Algériens étaient rejetés de la même façon. J’ai vécu à Paris quelques temps, dans le 19ème arrondissement ; j’avais là de très bonnes relations avec les Algériens alors qu’à Marseille l’ambiance était tendue. Et puis il y avait toujours cette notion de bandes de quartiers, celle du Panier contre celle de la Belle de Mai : très rude, on ne passait pas d’un quartier à l’autre comme ça ! Marseille était dangereuse dans les années 70. Puis il y a eu la drogue et le chômage...»





Pour entretenir ou utiliser ces terrains, des architectes comme Jean Nouvel se sont penchés sur les problèmes sociaux : tout un courant d'opinion a repensé la ville, non pas en termes de conquête de nouveaux espaces sur la campagne, mais en termes de réévaluation des espaces existants.



Le sculpteur César est né César Baldaccini en 1921, rue Loubon dans le quartier de la Belle de Mai ; il était fils d’immigrés italiens. César est mort en 1998. Lire l'article des Grands Hommes de Provence.





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